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Les forêts du département sont menacées – Dauphiné Libéré

Depuis 2015 la Savoie fait face à des crises de scolytes de plus en plus fréquentes et violentes. Sur le plateau de la Féclaz et du Revard, la commune de Saint-François-de-Sales a été très touchée.

Aux pieds de la Féclaz , là où débutent les pistes de ski de fond, commence la forêt communale des Déserts. En plein coeur du massif  des Bauges, cette forêt, caractéristique de la moyenne montagne est essentiellement peuplée d’épicéas. Et malgré la pluie qui tombe de plus en plus fort au fil de notre avancée, nous apercevons rapidement les traces d’une année aride. Des arbres couchés ici et là, tombés suite à la tempête du mois de juin, sont déjà en proie aux attaques de scolytes. Insecte tenace, le scolyte s’en prend aux arbres affaiblis. Il s’incruste sous leurs écorces et empêche la sève de circuler, ce qui les tue progressivement.

1500 m3 contaminés

Mathieu Bourland est technicien forestier pour l’office national des forêts (ONF). Responsable du plateau Féclaz/Revard depuis trois ans, il a été confronté dès son arrivée à la crise du scolyte. Alors il veille au grain, sillonne le plateau et recense les foyers contaminés.

C’est en 2017 que les répercussions sur son territoire ont été les plus violentes. Notamment dans la forêt de Saint-François-De-Sales. Sur les 2 500 m3 exploités par an, 1 500 m3 ont dû être sortis en 2017 car ils étaient contaminés par le parasite. « Sur ces 1 500 m3, entre 15% et 20% sont restés en forêt, c’est-à-dire qu’ils n’ont pas été achetés. Et ceux qui ont été vendus ont été vendus moins cher que d’habitude. » Une perte significative pour la commune forestière de Saint-François-De-Sales dont un tiers des recettes provient de la vente de bois. Il faut ajouter à cela les aléas climatiques : « La tempête du mois de juillet 2019 a fait tomber 100 m3 d’arbres à Saint-François », détaille le forestier.

Des résineux qui devront donc être vendus rapidement avant que le scolyte ne s’y attaque. Un cercle vicieux et compliqué à gérer. « Il y a deux ventes de bois par an, une en juin et une en octobre. Pour l’instant, Saint-François-De-Sales  n’a rien vendu en juin 2019 et il est possible qu’il ne vende rien non plus en octobre. »

« Nous ne sommes pas les plus atteints »

Une situation qui serait alors inédite, selon Benjamin Mailland, adjoint en charge de la forêt de la commune, qui devra adapter son budget en fonction de ces ventes. Pourtant, il relativise l’impact de la crise du scolyte :  » Ce n’est pas tant le scolyte que la crise européenne que nous subissons. Nous n’avons pas été plus touché qu’ailleurs, c’est simplement que comme tout le monde veut vendre son bois en même temps, les prix baissent. »

Mathieu Bourland non plus ne paraît pas très inquiet. « La crise est derrière nous, ou peut-être devant, on ne le sait pas encore, philosophe-t-il. Mais aujourd’hui, nous ne sommes pas les plus atteints. Actuellement, ce sont surtout les forêts de l’Ain, jusqu’alors épargnées, qui sont en difficultés. Et la nouveauté, c’est que le scolyte s’en prends maintenant aux hêtres et aux sapins. Ce qui laisse un peu de répit aux épicéas. » Mais est-ce vraiment une bonne nouvelle ? S’il reste plutôt optimiste, le technicien forestier annonce les deux options laissant chacun libre de croire ce qui l’arrange. « Peut-être que c’est un nouvel écosystème qui se met en place, et les arbres s’adapteront. Ou alors les choses vont s’aggraver très vite avec le réchauffement climatique. Avec la nature, on ne peut pas prévoir. »

 

Laure GIUILY